Quentin Carnaille, quel a été ton premier choc esthétique?
Plutôt que du « premier »,  j’aimerais plutôt parler du plus saisissant.
À New York, en 2005, j’ai découvert la cathédrale Saint Patrick, majestueuse et positionnée entre deux gratte-ciel symétriques extrêmement sobres et hauts.
En Europe et plus particulièrement à Lille, ma ville, les églises sont souvent dominantes dans la skyline.
Ici, les deux édifices de part et d’autre de ce lieu de culte sont immensément plus grands et l’église semble être celle d’une maison de poupée.
Et pourtant ces deux architectures se respectent, dialoguent et s’embellissent.

Quels sont les artistes qui t’influencent?

Naturellement je suis influencé par les artistes qui interrogent l’espace.
Je suis attiré par l’art conceptuel et minimaliste, je pense particulièrement à Anthony Gormley, Jean-Philippe Basello, Larry Bell, Dan Graham.

Au début de ta carrière, tu t’es fait connaître avec tes sculptures composées de pièces d’horlogerie, puis tu as pris un tournant plus radical et conceptuel? Comment l’expliques-tu ? Qu’est ce que tu recherchais?

Je me suis beaucoup intéressé à  l’esthétique et à la poésie de l’horlogerie mécanique. Ce savoir-faire obsolète dans un monde numérique est assez révélateur des changements de  notre époque.
J’ai donc utilisé ce médium le détournant de sa vocation initiale pour exprimer ma vision du monde. Je me suis rendu compte après 5 années de travail que j’avais seulement un besoin vital d’exister en tant qu’individu singulier.
Et que cette pratique me permettait de me distinguer. J’ai voulu faire de ce constat l’élan d’un nouveau travail plus profond plus large et plus conceptuel. Une recherche sur l’individu au sein de la collectivité.

En 2017, tu habillais les sculptures de Lille avec un cube miroité de verres sans tain, comme on peut le voir sur la vidéo du site. Peux-tu nous expliquer en quoi consister ce projet ?

C’est un projet qui nous parle de l’identité. L’idée étant de parler du fait que l’individu ce construit en écho à son environnement et aux autres.
C’est une occasion de rappeler le devoir d’exemple que l’on a vis-à-vis de l’autre puisque l’autre est constitutif de soi.

Quels sont tes projets à venir?

Je vais présenter un projet de performance au palais de Tokyo sur le thème de l’anonymat et un projet d’installation urbaine autour de la place de la République à Paris.
Je travaille aussi sur des installations dans le cadre de Lille 3000, un vaste programme culturel dans la région de Lille.

Si tu pouvais choisir une institution, dans laquelle souhaiterais-tu le plus exposer?

Pour le moment j’ai vraiment en ligne de mire le développement de mon projet pour le Palais de Tokyo.
J’aimerais à l’avenir, comme chaque artiste je présume, pouvoir intégrer des collections dans des grands musées d’art contemporain tel que Beaubourg. Paradoxalement je crois de plus en plus au côté éphémère de la création, à l’image de ma vision du monde, qui n’est qu’énergie et matière en perpétuelle réorganisation.