Béa Bonafini, Chambre Dix, 2018 à Chambre 10

Du 31 mai au 16 juin 2018, la galerie Sans Titre (2016) présentait l’exposition Chambre 10, en plein cœur du quartier de Saint-Germain, à l’Hôtel La Louisiane, dans lequel ont séjourné des artistes tels qu’Ernest Hemingway, Jean-Paul Sartre, Quentin Tarantino, Miles Davis, John Coltrane, Nam June Paik, Lucian Freud et Cy Twombly.

« Chambre 10 » a regroupé les œuvres de huit jeunes artistes Paloma Proudfoot, Marie Aly, Ieva Kraule, Agnes Scherer, Bea Bonafini, Camilla Steinum, Saelia Aparicio et Agata Indarden, inspirées de trois textes écrits par Paul-Henry Bizon. L’écrivain a imaginé trois personnages, résidents de l’Hôtel La Louisiane, un écrivain, un musicien et une entrepreneure du web. Les artistes ont ainsi investi les lieux, chaque chambre étant composée autour d’un texte et d’un personnage.

La configuration des lieux insuffle d’emblée une atmosphère particulière à l’exposition dans laquelle le spectateur déambule avec l’étrange impression de pénétrer dans un lieu interdit. Parmi touristes et employés, il traîne dans les chambres aux portes et fenêtres ouvertes, contourne des lits aux draps défaits.

Paloma Proudfoot, Winklepickers, 2018 à Chambre 10

Paloma Proudfoot

Paloma Proudfoot est née en 1992 à Londres, où elle vit et travaille. Artiste et créatrice de vêtements, elle collabore également avec l’artiste et chorégraphe Aniela Piasecka, sous le nom de Proudfoot et Piasecka, et fait partie du groupe de performance Stasis. Diplômée d’un MA Fine Art au Royal College of Art, d’un BA Fine Art en sculpture à l’Edinburgh College of Art, d’un Fine Art Foundation Diploma au Camberwell College of Art, elle a récemment été invitée à participer à la résidence de céramique Thun, organisée par Leopold Thun de la Emalin Gallery à Londres, et participera à de nombres autres expositions cette année.

Pour « Chambre 10 », ses sculptures sont placées sur un grand tapis à motif, une œuvre de Bea Bonifini. Leurs œuvres dialoguent par leurs formes et leurs couleurs, rappelant des formes humaines, notamment un buste féminin. Le travail de Paloma Proudfoot présente une grande qualité de la matière, différenciant ses sculptures des objets et formes du quotidien qu’elle représente.

Agnes Scherer

Agnes Scherer est une artiste allemande, née en 1985. Elle grandit dans une région rurale bavaroise et étudie l’histoire de l’art, l’archéologie, l’anthropologie culturelle, la sociologie et les beaux-arts à Tübingen, Vienne et Düsseldorf. Outre le dessin au crayon, ses pratiques artistiques sont la bande dessinée, les arrangements d’objets, l’écriture de fiction et les essais théoriques interdisciplinaires. Agnes Scherer est aussi la créatrice d’un opéra, représenté à plusieurs reprises à New-York, Londres et Cologne.

Son travail artistique est principalement composé de céramiques et de dessins délicats rappelant un même univers. Ce sont en effet ces dessins qui sont exposés, dans la première chambre. Malgré leur délicatesse, ils ressemblent presque à des gravures. Ils sont, comme l’entièreté de son œuvre, empreints d’un univers fantastique, comme ce bras couché dans une barque au milieu d’étranges animaux.

Marie Aly, Double Face, 2018 et Man, 2016 à Chambre 10

Marie Aly

Marie Aly est née à Berlin en 1980. Elle apprend notamment la peinture et l’estampe sous la direction de Ralf Kerbach à l’Académie d’art de Dresde, en Allemagne. L’accent est principalement mis sur les aspects artisanaux et techniques de la peinture. Pourtant, elle manifeste rapidement un engouement pour l’histoire de l’art et la tradition picturale de Cranach, Dürer, Bosch et Grünewald. En 2009, elle remporte le Royal Award for Modern Painting et reçoit, en 2013, une commande de production de quatre peintures murales pour Kasteel Slangenburg à Doetinchem. Son travail, exposé aux Pays-Bas et à l’étranger, est inclus dans plusieurs collections internationales.

Elle propose ici une série de peintures au caractère presque fantomatique et des portraits en gravure. Ses portraits pourraient être ceux d’habitants fictionels, comme le suggère les textes des Paul-Henry Bizon. Marie Aly crée un univers, ses œuvres habillent les murs vides et redonnent vie aux chambres inhabitées.

Agata Ingarden, Installation, 2018 à Chambre 10

Agata Ingarden

Agata Ingarden est née en 1994 à Cracovie en Pologne. La jeune artiste, qui vit et travaille à Paris, est tout juste diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris, où elle a travaillé aux ateliers de Michel François et de P2F (Pifaretti + Fanchon + Figarella). Sans Titre (2016) lui a aussi confié un solo show sur leur stand à Art-o-Rama. Elle joue constamment avec la matière, son aspect, sa forme et sa position dans l’espace.

Pour « Chambre 10 », Agata INgarden a mis en place une installation dans l’une des salles de bain. Tous les éléments de la pièce sont liés par la vitre couverte d’un filtre jaune, assombrissant la pièce: une chaise longue faite en mousse acoustique, couverte d’une poussière blanche et de papillons empaillés. Moins visibles, des petites sculptures en métal, rappelant des structures animales ou composées là encore de papillons, sont dispersées sur le sol et sur les murs.

Ieva Kraule, Skin, 2018 à Chambre 10

Ieva Kraule

Ieva Kraule est une artiste pluridisciplinaire lettone, travaillant autant la résine et le latex qu’en impression 3D, etc. Elle est diplômée d’un MA en Fine Art du Sandberg Institute, d’un BA en Visual Communication de la Latvian Academy of Art, d’un BA en peinture aussi de la Latvian Academy of Art et a étudié la céramique à la Riga Design and Art School.

Dans deux chambres de l’Hôtel de la Louisiane, elle recrée une atmosphère teintée d’humour. Dans la première chambre, différents visages sont accrochés aux murs, l’un d’entre eux est articulé et ses yeux sont en mouvement. Ses sculptures habitent la chambre vide et observent le spectateur. Dans la salle de bain de la deuxième chambre, une installation est composée d’un rideau de latex et de formes de résine contenant différentes matières. Un rideau imitant le mouvement de l’eau remplace le rideau de douche, ici absent. Plusieurs mains en résine pointent ce que nous devons faire dans une salle de bain : prendre un bain, tirer la chasse d’eau, se regarder dans le miroir.

Camilla Steinum , Vulnerable Lingual #2, 2018 à Chambre 10

Camilla Steinum

Camilla Steinum est née en 1986 à Oslo. Elle vit et travaille à Berlin. Elle travaille principalement avec des textiles, des objets du quotidien et des charpentes métalliques, tout en se concentrant sur les qualités et les caractéristiques des matériaux et des objets en tant que tels. Lorsqu’ils sont soigneusement disposés et manipulés, ces matériaux créent une juxtaposition qui met en évidence leurs contrastes. Elle fait aussi des références à des caractéristiques humaines, liés aux conventions sociales. Beaucoup d’objets utilisés par l’artiste sont des éléments existants qui font partie de notre quotidien.

Elle a composé deux séries d’œuvres pour Chambre 10. La première est une série de langues en silicone, qui sont orphelines de tout corps et disposées dans différentes positions. Il y a ici un véritable jeu sur la matière de la langue elle-même, avec un brillant presqu’irréel, mais aussi sur la forme: elles sont impossibles matériellement . La façon dont ces sculptures sont disposées sur les tables et les lits insiste sur le côté sculptural de la forme.

Ensuite, une série de brosses de toilettes, mêlés à des bribes d’objets du quotidien et des matières organiques, le tout consolidé dans de la résine sous forme d’un mug. Disposés dans les salles de bains, elles se fondent dans le paysage et sont complémentaires, par leur matière et qualité organique, aux mains de Ieva Kraule.

Béa Bonafini, Chambre Dix, 2018 à Chambre 10

Bea Bonafini

Artiste italienne basée à Londres, Bea Bonafini est diplômée d’un MA en peinture du Royal College of Art, d’un BA Fine Art de la Slade School of Fine Art de UCL et d’un Foundation in Art & Design Diploma de la Chelsea College of Art & Design, UAL. Bea Bonafini aborde son travail comme une mise en scène d’objets. Ses installations sont à la limite entre la fonctionnalité et l’esthétique, suggérant de manière séduisante l’intimité et la réflexion à travers la production d’environnements colorés. Les images et les matériaux sont extraits d’un genre pictural qui embrasse le décor, tout en étirant des formes familières pour rendre les espaces accueillants.

Son oeuvre, in situ, un tapis qui couvre tout le sol de la chambre 10, mêle formes humaines, formes géométriques et autres formes floues mais suggestives, dans des tons colorés harmonieux. À l’entrée sont posées des sandales, spécialement créées pour l’œuvre, car ilest interdit d’y marcher en chaussures. Elles sont faites du même matériau que le tapis et en reprennent certaines formes.

Saelia Aparecio et Paloma Proudfoot, Fourchette, 2018 à Chambre 10

Saelia Aparicio

Saelia Aparicio est une artiste espagnole née en 1982, diplômée d’un MFA en sculpture du Royal College of Art, London et d’un Bachelor en Fine Arts de l’Universidad de Castilla la Mancha. Saelia Aparicio utilise des objets trouvés pour créer des sculptures anthropiques, mais loin d’être humaines. L’artiste décrit son travail comme un dessin autonome qui peut également s’appliquer à n’importe laquelle de ses œuvres sculpturales.

L’œuvre qu’elle a proposée est une collaboration avec Paloma Proudfoot:  la sculpture Fourchette, une structure d’inspiration humaine. Elle est composée d’un double bras en tissu, avec une main en résine transparente à chaque extrémité. Au passage entre la chambre et la salle de bain, cette sculpture semble être surprise en train de s’échapper, comme le ferait un lombric. Une de ces mains est d’ailleurs hors du tube, prenant déjà son envol.

Chambre 10

Jusqu’au 15 juin à l’Hôtel La Louisiane, organisé par Sans Titre (2016)

Pour des renseignements sur les oeuvres disponibles, cliquez ici.