Jusqu’au 27 août 2018, la Fondation Louis Vuitton expose une nouvelle sélection d’artistes de sa collection réunissant des œuvres modernes et contemporaines, tous mediums confondus.

Au-delà d’un accrochage, « Au diapason du monde » se veut une exposition sur la base d’une thématique précise. Celle-ci renvoie aux questionnements actuels liés à la place de l’Homme dans l’univers et à la nouvelle approche qui le lie à son environnement et au monde du vivant, soulignant les interconnexions entre l’humain, l’animal, le végétal voire le minéral.

Parmi les oeuvres présentées à cette occasion, Kozzarte a sélectionné pour vous ses coups de coeur.

François Morellet, vue d’installation, accrochage "Au diapason du monde" - Nouvelle sélection de notre Collection, galerie 6, Fondation Louis Vuitton, Paris, du 11 avril au 27 août 2018. © Adagp, Paris, 2018. © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage
François Morellet, vue d’installation, accrochage "Au diapason du monde" - Nouvelle sélection de notre Collection, galerie 6, Fondation Louis Vuitton, Paris, du 11 avril au 27 août 2018. © Adagp, Paris, 2018. © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

François Morellet

L’avalanche (2006) de François Morellet évoque, non sans un secret sourire, tout à la fois l’élévation et la chute potentielle, l’ordre et le chaos. Trente-six tubes de néons bleus suspendus par des câbles de longueurs différentes composent un paysage en passant progressivement de la verticale à l’horizontale. Du premier au dernier rang, tout est réglé mais la règle engendre une certaine anarchie. Morellet range ses néons suivant un principe rigoureux qui « sème la pagaille ». Dans la plupart de ses œuvres, il ne privilégie ni l’ordre, ni le chaos. Il s’agit plutôt de trouver le moyen de les confronter, de trouver le point de tension où l’équilibre se fait dans le déséquilibre.

L’artiste français, décédé en 2016, est considéré comme l’un des acteurs majeurs de l’abstraction géométrique de la seconde moitié du 20ème siècle et un précurseur du minimalisme.

Ayant privilégié les formes géométriques et l’utilisation du hasard, Morellet a développé pendant plus de soixante ans une œuvre majeure et très originale au sein de l’abstraction géométrique. Membre fondateur en 1961 du Groupe de recherche d’art visuel (GRAV), Morellet a multiplié les types d’intervention plastique, depuis la peinture sur châssis jusqu’aux projets dans la ville et l’architecture qu’il intitule « désintégrations ». Les trames, le développement de nombreux systèmes, l’ironie révélée par les titres, l’appel au hasard à l’intérieur de principes préétablis sont au cœur de sa démarche.

James Lee Byars

Le caractère intemporel de l’oeuvre de James Lee Byars apparaît dans ses sculptures The Halo (1985) et Is (1989) dans lesquelles l’artiste associe deux matériaux minéraux (cuivre et marbre) à la préciosité de l’or. The Halo est un anneau rayonnant de reflets d’or ; Is une sphère parfaite en marbre qu’il a déclinée en plusieurs versions – acier, bois, laiton doré.

L’artiste américain, né à Detroit en 1932 et décédé au Caire en 1997, commence des études de psychologie et d’esthétique puis, entre 1958 et 1967, effectue de fréquents séjours au Japon au cours desquels il travaille sur les rapports entre rationalisme occidental et mystique orientale. Byars devient par la suite nomade et multiplie à partir des années 1970 les performances dans des lieux publics ou institutionnels européens et américains.

© The Estate of James Lee Byars Photo: Paul Hester
© The Estate of James Lee Byars Photo: Paul Hester

Sa première exposition personnelle se tient dans l’escalier de secours du MoMA de New York en 1958. Suivent des expositions à la Willard Gallery en 1961, au Japon à partir de 1962, au Metropolitan Museum of Art en 1970, puis au MoMA en 1976. Il réalise des performances au musée des Beaux-Arts de Berne, point de départ d’autres expositions dans toute l’Europe : Amsterdam, Berlin, Genève, Londres, Paris, Cologne, Venise, Bruxelles, Marseille, etc.

Ses couleurs de prédilection – or, rouge, noir et blanc – donnent une dimension poétique et mystique à des créations et des performances qui articulent l’art et la vie, tournées vers la quête du sublime et de la perfection. Les thèmes de l’éphémère, de la fragilité, de l’invisible, de la mort sont présents, se conjuguant souvent à celui de la perfection, par exemple dans The Rose Table of Perfect – une sculpture sphérique de 1989 composée de 3333 roses rouges qui se fanent au fil de l’exposition, The Angel (1989), composée de 125 sphères en verre de Murano montées sur un support sphérique transparent.

Adrián Villar Rojas et Wilhelm Sasnal, vue d’installation, accrochage "Au diapason du monde" - Nouvelle sélection de notre Collection, galerie 4, Fondation Louis Vuitton, Paris, du 11 avril au 27 août 2018. © Adrian Villar Rojas © Wilhelm Sasnal 2010-2018 © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage
Adrián Villar Rojas et Wilhelm Sasnal, vue d’installation, accrochage "Au diapason du monde" - Nouvelle sélection de notre Collection, galerie 4, Fondation Louis Vuitton, Paris, du 11 avril au 27 août 2018. © Adrian Villar Rojas © Wilhelm Sasnal 2010-2018 © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

Adrián Villar Rojas

Adrián Villar Rojas né en 1980 en Argentine. Il vit et travaille à Buenos Aires.

La production artistique d’Adrian Villar Rojas se développe autour d’une dimension imaginaire qui joue avec la perception du temps et ses représentations dans notre culture, où les hommes font face à leur obsolescence et leur éventuelle extinction. L’artiste utilise des aspects du dessin, de la sculpture, de la musique, de la science fiction et de l’installation pour créer des réalités alternatives oniriques, évoquant une fin apocalyptique ou mythologique du monde. Souvent travaillées à l’argile, ses installations sont gigantesques et immersive et provoquent souvent une sensation de malaise. Les objets qu’il crée semblent être à la fois intemporels et vestiges d’un passé, des reliques d’un futur ou d’un passé ambigu qui questionnent notre notion du temps, de l’histoire et de la modernité.

L’oeuvre présentée par la Fondation Louis Vuitton, inspirée du David de Michel-Ange dont il ne reste, ici, que les jambes, est une sculpture en marbre monumentale Untitled, From the series Theatre of Disappearance (2017), qui apparaît comme le seul vestige d’un monde post-apocalyptique.

Jean-Marie Appriou, Lips and ears, 2018, aluminium, 250 x 390 x 130 cm Crédit © Jean-Marie Appriou Photos by Stefan Altenburger Photography, Zurich Courtesy Galerie Eva Presenhuber, Zurich / New York
Jean-Marie Appriou, Lips and ears, 2018, aluminium, 250 x 390 x 130 cm Crédit © Jean-Marie Appriou Photos by Stefan Altenburger Photography, Zurich Courtesy Galerie Eva Presenhuber, Zurich / New York

Présentée au niveau 2 de la Fondation, Kozzarte est restée sans voix devant l’oeuvre inédite, Lips and Ears, 2018, de Jean-Marie Appriou, réalisée dans le cadre d’Open Space, le programme dédié à la création dans ses expressions les plus actuelles et pour lequel, des artistes nationaux et internationaux sont invités à imaginer un projet spécifique.

Depuis quelques années, Jean-Marie Appriou développe une réflexion autour de la sculpture dont il s’approprie les savoir-faire traditionnels pour mieux les détourner et en étendre les potentialités. Seul ou avec l’aide d’artisans qualifiés, il explore -ensemble ou séparément- des matériaux comme l’aluminium, le verre, le bronze ou encore la terre cuite dans des processus non conventionnels. De ses expérimentations à caractère alchimique, émergent des figures humaines, animales et végétales qui se répondent et se complètent donnant lieu à différents scénarios. Cet univers fantastique et merveilleux, parfois inquiétant se nourrit d’inspirations variées, allant de la mythologie égyptienne à la peinture préraphaélite, de la littérature de Science-Fiction au le cinéma et la bande dessinée.

Pour Open Space, Jean-Marie Appriou propose une sculpture monumentale en aluminium, présentant deux visages reposant sur une barque. Anonymes et universelles, ces figures figées semblent partager un secret et imposent leur mystérieuse présence hors du temps.

Né en 1986, Jean-Marie Appriou vit et travaille à Paris. Il est diplômé des Beaux-Arts de Rennes en 2010. Figure montante de la jeune scène artistique, il a présenté son travail en France et à l’étranger dans le cadre d’expositions personnelles et collectives.