Edgar Sarin, l’artiste-poète semble venir d’un autre siècle.

Ce jeune artiste aux allures de dandy, né en 1989, fait déjà beaucoup parler de lui.

Il crée des installations associant le langage et la musique aux objets trouvés les plus simples comme aux métaux les plus précieux.

Il taille la pierre, sculpte le bois, compose des partitions, met en scène des gestes et des situations, évoquant ainsi parfois – bien que de manière anachronique – le concept d’œuvre d’art totale.

Edgar Sarin, « Dans son cou la main d’une mère », Michel Rein, Paris, 2017 Crédit photo : Florian Kleinefenn

Un minuit que le regard, là, ne trouble. Collège des Bernardins

Le printemps dernier, Sarin a proposé une expérience sensible et inédite structurée autour de seize interventions dans l’espace d’exposition.

Après avoir mis en scène dans l’ancienne sacristie un « espace essentiel » composé de sculptures, Edgar Sarin est revenu chaque semaine, même jour, même heure, s’y enfermer avec un échantillon de population qu’il a sélectionné, afin de jouer à huis clos ce qu’il nomme les minuits : des chorégraphies ritualisées liant des êtres, des sculptures et de la musique.

Ces minuits – que jamais le regard, là, ne trouble – se sont faites portes closes, isolés des spectateurs.

Chaque semaine, ces derniers ont pu ainsi découvrir les traces successives et les évolutions laissées par les minuits, sentir la chaleur des corps et de leur mécanique captée et restituée par l’ancienne sacristie.

Aujourd’hui, il investit simultanément deux espaces: la Galerie Michel Rein, dont il est la toute dernière jeune recrue, et le Centre de Création Contemporaine Olivier Debré.

Sarin, « Dans son cou la main d’une mère », Michel Rein, Paris, 2017 Crédit photo : Florian Kleinefenn

Ici : symphonie désolée d’un consortium antique , CCC OD Tours

Chaque exposition est pour lui une nouvelle occasion de remettre en question son travail et la notion même d’exposition, qui n’est pour lui qu’un point de départ, un médium. S’appuyant sur des intuitions, des accidents et des rencontres avec des objets et des matériaux, l’artiste reconstruit un écosystème minutieusement pensé, ayant sa propre mécanique interne au sein de laquelle tous les éléments entrent progressivement en intime harmonie pour faire œuvre.
La méthode de recherche et de création d’Edgar Sarin, aussi approfondie que raisonnée, tend également à la simplicité grâce à une extrême économie de moyens. Cette procédure repose par ailleurs considérablement sur le lieu à habiter. L’espace d’exposition est davantage conçu comme un lieu de travail, un espace permanent de création et de production qui est livré au regard, au corps et à l’expérience du visiteur.

Les composantes de l’œuvre, rejoignant peu à peu la place que l’espace leur réserve, s’imposent par leur nature proprement physique, entraînant une reconfiguration du lieu ainsi mis en usage. Le visiteur est la part humaine de cette écologie créatrice à laquelle il est indispensable : sa présence et son action consacrent l’œuvre en tant qu’espace fonctionnel.

 Dans son cou, la main d’une mère , Galerie Michel Rein

Cette exposition vient clôturer un cycle de 5 expositions personnelles en 2017. Chaque exposition, chaque pièce est la ramification d’une démarche unique et complète étudiant les circonstances du développement de modèles primitifs bruts vers leur accomplissement en des formes civilisées. Cette recherche esthétique et plastique est organisée par une somme de règles élémentaires et précises formant la physique de l’oeuvre. Celle-ci est un corps que l’on apprivoise par l’intermédiaire de chacune de ses facettes. Edgar Sarin développe la physique de son oeuvre: il en construit la mécanique, le mouvement interne, où chaque chose étant liée à toutes les autres, elles entraînent immuablement, suivant un mouvement devenu naturel et nécessaire, vers la finalité pour laquelle elles ont été conçues.

S’appuyant sur des intuitions et des accidents, le geste d’Edgar Sarin façonne un corps autonome minutieusement pensé et équilibré, ayant sa propre mécanique interne au sain de laquelle tous les éléments entrent progressivement en intime harmonie pour faire oeuvre.