Emily Ludwig Shaffer, My Tapestry, 2018

Jusqu’au 19 juillet 2018, la galerie Pact présente Stone Tapestry, la première exposition solo d’Emily Ludwig Shaffer, une série de six peintures de moyens et grands formats, toutes dans le style très illustratif et coloré de l’artiste.

Emily Ludwig Shaffer est une jeune artiste américaine, née en 1988 à San Francisco, qui vit et travaille à New York. Elle a obtenu un Bachelor en Fine Art à la Rhode Island School of Design et un Master en Fine Art à Columbia University. Elle a été exposée dans des expositions de groupe au Jewish Museum de New York et à l’Institute for Contemporary Arts de Grands Rapids. Actuellement, son travail aussi exposé à UncleBrother à New York.

Emily Ludwig Shaffer, Four Posts, Three Lilies, A Cloud Alone, 2018

Très inspirée par le style du Douanier Rousseau, elle crée des paysages presqu’impossibles, loin du monde que nous connaissons. Les perspectives sont exagérées, les formes contrastées, les espaces vides, rappelant les œuvres de Giorgio Di Chirico, avec ses places italiennes aux couleurs chaudes et aux éléments surprenants, comme dans Four Posts, Three Lilies, A Cloud Alone avec son nuage solitaire et ses plantes imaginaires.

Elle est aussi inspirée par les peintres surréalistes, en particulier Magritte, à travers des mondes idéalisés, mêlant le rêve et la réalité. Suivant le principe fondamental de création surréaliste « une rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » du comte de Lautréamont, elle mêle des objets incongrus comme des portes trop petites, des personnages se tordant et des lianes violettes. Ces relations suscitent des pensées inconscientes, auxquelles nous n’aurions jamais été confrontés dans le monde réel.

Emily Ludwig Shaffer, Waiting, 2018

Avec ses tableaux, Emily Ludwig Shaffer crée un éloigement physique : la perspective exagérée décuple la distance, l’éclairage déforme les ombres d’objets familiers, des plantes et du décor architectural. Ses scènes poussent le spectateur au bord du seuil, par leur aura lumineuse, et leurs couleurs, qui semblent naturelles, mais ne sont qu’une réalité exaltée. Pourtant, ces scènes sont nées de son imagination, mais la logique de l’artiste est à une distance insurmontable de la logique de ce qu’elle peint : les tableaux semblent animés d’une volonté propre. Les plantes de My Tapestry II sont gonflées, comme fait d’une texture étrange, comme des doigts se croisant ou une créature extraterrestre venant envahir le spectateur, de la même manière qu’elle envahit la toile.

Emily Ludwig Shaffer, The Gossips (A Monument Proposal After Silvia Federici), 2018

Certains titres ne font que désigner des éléments des oeuvres, comme Night Corridor, Greenhouse Light et Four Posts, Three Lilies, A Cloud Alone tandis que d’autres aident à les comprendre. Dans Waiting, si la chaise est bien le symbole de l’attente, le temps passé à attendre explique aussi les lianes qui s’entrelacent autour de celle-ci. Le titre de My Tapestry II insiste sur l’aspect décoratif de cette peinture, malgré son étrange aspect. A l’inverse, pour The Gossips (A Monument Proposal After Silvia Federici), il faut savoir que Silvia Federici est une militante féministe marxiste ayant fait des recherches sur le mot « gossip » qui désignait à l’origine une amitié entre femmes, ici représentée par cette ligne de femmes assises dans la même position étrange.

Emily Ludwig Shaffer, Greenhouse Light, 2018

Sarah Cowan, une critique d’art basée à New York rapproche les œuvres d’Emily Ludwig Shaffer du principe neurologique du «doorway effect» : l’incapacité de se rappeler ce qui vous amenait dans une pièce après en avoir passé la porte. Cela implique la création d’une carte cognitive de l’espace, qui prend le dessus sur la tâche qu’on avait en tête au moment de quitter la pièce précédente. A travers ses paysages, Emily Ludwig Shaffer nous propulse dans un autre espace-temps, bien loin de celui de la galerie.  Pourtant ici, selon Sarah Cowan, le « doorway effect » ne fonctionne pas car il s’agit d’un espace inexplorable, qui ne peut être cartographié

 Emily Ludwig Shaffer

Stone Tapestry, jusqu’au 19 juillet 2018 à la galerie Pact