81, 117, 120, 125, 130 & 131 Amabouz Taturo, A Doll’s House, 2018 Installation, matériaux divers. Dimensions variables. Courtesy de l’artiste.

Pour sa saison d’été, le Palais de Tokyo présente jusqu’au 9 septembre 2018 un parcours sur le thème de l’enfance, composé d’une série d’expositions dont la principale,ENFANCE – Encore un jour banane pour le poisson-rêve. Imaginée comme un récit initiatique, ouvert et digressif sur le mode des livres « dont vous êtes le héros », l’exposition « Encore un jour banane pour le poisson-rêve » d’après le titre modifié d’une nouvelle de J.D. Salinger s’adresse aux enfants sans âge que nous étions, que nous sommes, que nous serons devenus.

En abordant la manière dont nos souvenirs, nos rêves et nos jeux d’enfants influent sur la construction de nos identités et de leurs représentations, il ne s’agit pas tant d’y considérer l’enfance comme un thème, un sujet d’étude ou un monde clos sur lui-même, que de proposer une traversée et une déconstruction des archétypes généralement associés aux imaginaires de l’enfance, de ses mythes fondateurs à ses transformations contemporaines, de ses stéréotypes aux conventions qui les façonnent, pour évoquer le monde contemporain et les représentations dominantes de la société des adultes.

Ugo Rondinone, Vocabulary of Solitude, 2014-2016 40 sculptures. Mousse Polystyrène, résine époxy, tissu Dimensions variables Courtesy de l’artiste et Galerie Eva Presenhuber (Zurich), Gladstone Gallery (New York – Bruxelles), Sadie Coles HQ (Londres), kamel mennour (Paris – Londres), Esther Schipper (Berlin)

Loin d’une vision édulcorée de l’enfance, les œuvres de l’exposition explorent tout à la fois la fantaisie, l’ingénuité, le sens du jeu, de l’apprentissage et du merveilleux, mais aussi la face sombre et parfois cruelle ou perverse de l’enfance, des sentiments d’abandon et d’ennui à la capacité d’effroi, de colère et de terreur qui l’animent parfois. Comme l’enfant à la poursuite d’une construction de soi supposant le passage de certaines étapes, le visiteur, parti à son tour en quête d’aventures, se voit ainsi tantôt emmené dans des situations séduisantes et extraordinaires, tantôt confronté à de cruels destins du familier et de l’étrange. Sur le modèle du roman d’apprentissage, les œuvres de l’exposition se déploient comme autant d’épreuves que le visiteur « héros » est invité à vivre.

Vue de l’exposition « Encore un jour banane pour le poisson-rêve », Palais de Tokyo (22.06 – 09.09.2018) Photo : Aurélien Mole

Entre évocation féérique et régime obscur de l’imaginaire, les artistes et les artisans d’art invités jouent des mythes enfantins pour nous rappeler l’effroi et la fascination du premier regard, tapis dans l’inconscient, sur les chemins du rêve et de la petite enfance. Mais l’aptitude au merveilleux si souvent liée à l’enfance se teinte aussi des échos de réalités diverses, selon les origines et les trajectoires.

Imbriqués dans un récit halluciné imaginé par l’artiste et réalisateur Clément Cogitore en collaboration avec des artisans d’art, les différents niveaux de lecture de ce voyage qui alternent territoires familiers et espaces rêvés dessinent autant de strates mouvantes d’une identité en permanente révolution, métaphore possible de l’enfance.

Vue de l’exposition « Encore un jour banane pour le poisson-rêve », Palais de Tokyo (22.06 – 09.09.2018) Photo : Aurélien Mole