Charles Hascoët, quelles sont tes inspirations?

J’aurais pu répondre plus facilement à cette question quand j’avais une vingtaine d’années parce que c’est un moment où les inspirations sont plus intenses et peuvent être un guide . Avec le temps, les inspirations sont plus profondes. Aujourd’hui mes inspirations ont mûri, elles existent au fond de moi et font partie de mon travail. Elles peuvent provenir de la littérature, de la musique, de la lecture ou de la peinture. Mes inspirations sont désormais plus instinctives et moins précises qu’à l’époque.

Par contre, Beckmann et Matisse sont des peintres référents pour moi et lorsque j’ai des doutes sur des compositions, j’y trouve énormément de réponses.

A mon sens, il faut toujours rester ancré dans sa vie et dans sa période pour réussir à produire quelque chose de pertinent et de sincère. On se nourrit d’une quantité de choses mais il faut conserver une certaine singularité.

Pourquoi peindre des furbys ou d’autres personnages de science-fiction?

Je me rappelle que j’avais un furby quand j’avais 13 ou 14 ans et que je l’aimais profondément mais je ne sais pas ce qu’il est devenu ni à quoi il ressemblait. Par la suite, le furby est revenu dans ma vie et j’ai commencé à en racheter sur Ebay. Je les récupère un peu comme un refuge et leur offre une deuxième vie.

En les peignant je me suis rendu compte que les furbys développaient en quelque sorte une personnalité propre. Les émotions qu’on peut fixer en les peignant sont aussi un peu celles de ces petits animaux qui ont été abandonnés alors qu’ils ont été chéris un moment. Je suis content de pouvoir leur redonner une dignité de furby si je puis dire par un portrait « à la hollandaise ». Chacun d’entre eux a sa personnalité et j’essaie de leur donner un deuxième souffle. Je leur ôte leurs étiquettes et les remets à l’état naturel et sauvage.

Peux-tu nous expliquer le choix des couleurs de tes œuvres?

Il y a très peu de choses délibérées dans mon travail. Tout se fait de manière instinctive et naturelle. Je trouve les couleurs belles si on les traite de façon correcte, à la manière d’ingrédients en cuisine. J’aime profondément le rose et le violet. Dans les grandes peintures, j’essaie de garder une harmonie globale dans la composition. Toutefois, je pense qu’il ne faut pas se refuser des couleurs, sous prétexte qu’elles peuvent jurer entre elles. Les associations doivent se faire de manière naturelles et provoquer des choses inattendues. J’ai d’ailleurs plein de nuanciers que je fais moi-même et sur lesquels j’associe des couleurs.

Tes personnages semblent mélancoliques, pourquoi?

La mélancolie n’est pas toujours évidente et je suis content que la question me soit posée. Pour certaines personnes les couleurs vives de mes œuvres sont une sorte de repoussoir à la mélancolie. Mais je pense que l’on peut parler de mélancolie ou de tristesse sourde avec des couleurs telles que le rose. La mélancolie existe dans mon travail et c’est peut-être aussi une composante de ma personnalité.

Où rêverais-tu d’exposer?

Dans un endroit qui rêve de m’exposer.

Quels sont tes futurs projets?

J’ai une exposition en octobre dans un château en Bourgogne. Je travaillerais à partir du lieu. J’aime qu’on me propose d’abord un espace et travailler à partir d’un contexte. J’aurai également quelques expositions collectives dans l’intervalle.

 

Peux-tu choisir une œuvre parmi celles présentées et expliquer l’histoire qu’elle raconte?

Les peintures n’imposent pas d’histoire. Je propose des choses qui racontent elles-mêmes des histoires. Je ne sais pas vraiment ce qui se passe dans mes peintures. Quand je travaille, il y a une direction mais pas de finalité. Je pense surtout que la peinture est un support au rêve.

Envisages-tu d’autres matériaux/supports que la peinture?

Je suis entré dans la peinture par le modelage. Je faisais, quand j’avais sept ans, du nu en glaise à partir d’un modèle vivant et j’ai adoré ça. J’ai alors commencé à m’intéresser au dessin et puis à la peinture à l’huile. En réalité, ma peinture provient d’une expérience avec la sculpture et je garde toujours un rapport avec cette discipline dans mon travail. J’ai envie de me remettre au volume depuis quelques temps, comme un dessin que j’avais fait sur du marbre. C’est une piste que j’envisage de creuser.

Pourquoi avoir choisi la période de la préhistoire pour certaines de tes œuvres?

Cela s’est fait récemment quand j’ai eu l’opportunité d’exposer à la Villette. Je trouve l’idée des mains négatives que l’on trouve dans les cavernes absolument sublime et j’ai eu envie de la retravailler. Cela s’est imposé à moi comme une évidence. A part l’art pariétal, on trouve très peu de références à cette peinture. J’ai également ressorti un album de « Où est Charlie? » que je trouve formidable. J’ai aussi toujours aimé représenter des choses qu’on ne connaît pas vraiment, des choses qui sont tellement distantes que l’on ne peut que les supposer. J’ai aimé pouvoir illustrer quelque chose et donner la liberté à chacun des personnages que je proposais.

Préhistoire et personnages imaginaires, y a-t-il un lien entre eux?

Je pense qu’il y a un lien. Cette question est sûrement la pierre angulaire de mon travail. Je les peins avec la même sincérité mais j’ai du mal à situer à quel niveau le lien se fait entre eux. Mes personnages sont qui ils sont et existent à leur manière en gardant une forme d’autonomie.

Certaines œuvres illustrent une relation homme/femme, comment la décrirais tu?

Mes peintures évoluent pendant la création et le rôle de l’homme ou de la femme peut s’inverser. Je ne sais pas si c’est révélateur de la relation homme-femme que je propose. Ce que peu de gens remarquent c’est que les personnages n’ont pas de bouche ou d’oreilles. J’ai moi-même toujours eu des problèmes à communiquer. Dans la relation homme-femme, je pense que la communication est biaisée et il n’y a pas vraiment de communication entre mes personnages. Tout comme il n’y a pas, ou très peu, de communication dans la relation humaine.