La danse et l’architecture partagent un lien fort, parfois peu palpable mais néanmoins réel. Une compréhension, ou une composition de l’espace, qui finalement dépend de l’homme, avec une conception par ou pour lui. Ces réflexions sur l’espace, sur l’union du danseur et de l’architecte, sont au centre des dernières recherches de Johanna Tordjman, qui offre au public de « Human Constellation » ses premiers résultats. Dans Brasil nous retrouvons une danseuse figée dans son action, sa jambe gracieusement pliée vers l’arrière, qui accompagne le mouvement général de son corps, les bras ouverts vers le ciel, enrobés dans un imposant tissu rouge. N’est-ce pas au final un envol que peint Tordjman ? L’envie d’une jeune femme regardant le ciel, les cheveux déjà détachés de la gravité, gonflant finalement ses ailes. Cette danseuse répond finalement au cadre qui l’entoure, l’architecture tout en courbe du Musée d’Art Contemporain de Niterói du brésilien Oscar Niemeyer. Une sorte d’arabesque architecturale, une attitude sinueuse menant à un bâtiment atypique apparaissant au loin comme une soucoupe prête à prendre son envol. N’est-elle pas tout simplement belle et légère ?

Le Corbusier nous apprenait qu’ « une maison est une machine à habiter ». Non pas qu’elle devait nous dominer, mais qu’au contraire elle devait nous correspondre, que l’espace devait se plier à l’homme. L’analogie entre les oeuvres partageant le titre Constellation de Johanna Tordjman et Le Modulor de l’architecte franco-suisse peut alors sembler évident. L’espace, l’habitat, la toile doivent correspondre au confort, au besoin maximal dans les relations entre l’homme et son espace vital. Les volumes suivent alors d’autres règles, laissant de côté les réflexions métriques pour se fonder sur des conditions morphologiques. Ce nouveau système est alors appliqué dans La Cité Radieuse de Marseille, ou perceptible dans les dernières oeuvres de Tordjman. Nous y retrouvons des danseurs, encore figés dans leur action, bras lancés, muscles contractés. Néanmoins ceux-ci ne prennent plus place dans l’espace traditionnel qu’offre une toile, mais s’installent dans un cadre qui leur correspond, au châssis découpé. Le corps, ou la danse, ne dépend plus d’un espace où il semble perdu, mais organise le volume qui doit lui correspondre, restant tout de même régit par les formes géométriques, tout aussi chères à Le Corbusier. Tordjman, en supprimant toute architecture visible de ses oeuvres ne se rapproche-t-elle pas finalement encore plus des recherches architecturales sur les relations entre l’homme et son espace ?

Par l’exposition « Human Constellation », Johanna Tordjman nous dévoile une partie de son imaginaire, que nous pouvons tenter d’approcher avec l’aide de ses cinq tableaux de la série Constellation. Il nous faut alors imaginer, déplacer ces cinq châssis inhabituellement découpés à un espace vide, lointain. Ceux-ci ne deviennent alors plus que des lignes rejoignant des points, des étoiles, que nous, conventionnellement, nous assimilons à des formes, des images. Un nouvel espace imagé par ceux qui jouent avec leur espace, des danseurs qui deviennent des sortes de repères nous poussant à nous questionner sur les relations entre l’homme et l’espace qui lui est donné. Par la danse cet espace est à la fois physique, architectural, mais aussi émotionnel en touchant aux sentiments. Finalement regarder une de ces toiles doit nous pousser au même travail imaginaire que nous faisons lorsque nous regardons les étoiles. En effet, Tordjman nous invite à découvrir ce qui se cache derrière l’image, aux réflexions qu’offre l’oeuvre d’art.