Sheila Hicks
Atterrissage , 2014. Vue de l’exposition « Unknown Data », galerie frank elbaz, Paris, 2014 © Atelier Sheila Hicks Photo : Cristobal Zanartu © Adagp, Paris 2018

Jusqu’au 30 avril 2018, le Centre Pompidou exposait plus d’une centaine d’oeuvres de Sheila Hicks dans le cadre de l’exposition « Sheila Hicks. Lignes de vie ». L’artiste américaine, née en 1934 dans le Nebraska, vit et travaille à Paris depuis 1964.

 

Issue de la longue tradition de l’art moderne qui lie l’abstraction à de nombreuses autres disciplines, Sheila Hicks revisite la tradition textile artisanale populaire, brouillant les frontières entre peinture et sculpture avec ses œuvres textiles. Durant ses études à l’Université de Yale dans la seconde moitié des années 1950, Sheila Hicks découvre les splendeurs et les subtilités des textiles précolombiens. Elle recueille aussi, à travers l’enseignement de Josef Albers, théoricien et praticien des couleurs, l’héritage du Bauhaus pour entreprendre un travail ébranlant la hiérarchie des pratiques, qui circule librement entre Bel Art, design et décoration. Au contact d’Albers, puis du grand architecte mexicain Luis Barragan, s’affirme une authentique « chromophilie » que toute l’œuvre ultérieure manifeste.

 

Dans la seconde moitié des années 1960, dépassant le modèle de la tapisserie qui avait constitué jusqu’alors la modalité dominante de l’oeuvre textile, elle réalise des « softs sculptures » devenues des pièces historiques (The Evolving Tapestry : He / She – MoMA et Banisteropsis – Philadelphia Museum of Art). Empilements de laine ou de lin, ré-interprétables à chaque présentation, elles rapprochent Sheila Hicks de certaines propositions contemporaines de l’Antiforme ou du post-minimalisme.

 

Dans la décennie suivante, elle inaugure une série de grandes sculptures souples (Trapèze de Cristobal – Stedelijk Museum, Amsterdam ou Lianes nantaises – Château des ducs de Bretagne), faites de lianes colorées tombant du plafond, qui déploient la couleur dans l’espace et constituent l’un des apports majeurs de Sheila Hicks à l’art des années 1970. Ses oeuvres, par le jeu de leurs couleurs et la tactilité de leurs matières, incarnent, c’est leur importance historique, un moment de retrouvailles de l’optique et du toucher. Le textile, par son caractère ductile, donne vie à l’oeuvre, qui n’est plus soumise à une forme immuable.

 

Déformable, étirable, souple, elle s’adapte et se transforme pour revivre au gré des circonstances, des lieux et des installations successives.

Lianes de Beauvais, 2011-2012 Centre Pompidou, Paris © Adagp, Paris 2018
Sheila Hicks au Centre Pompidou

L’exposition au Centre Pompidou avait pour vocation d’apporter sa touche au processus de réexamen de l’œuvre de l’artiste entrepris depuis plusieurs années. Le parcours de l’exposition, fluide et non chronologique, à travers les pièces présentées, dont une vingtaine appartiennent à la collection du Centre Pompidou, prenait pour axe le dialogue formel et chromatique que les œuvres entretiennent entre elles et avec l’espace.

 

Aux côtés des sculptures de l’artiste, dont certaines sont monumentales, étaient également présentés plusieurs dizaines de Minimes, petits tissages ou compositions de la taille d’une feuille de papier A4, qui constituent le laboratoire de l’œuvre tout entier et témoigne d’une jubilation de la création.

Banisteriopsis - Dark Ink, 1968-1974 Philadelphia Museum of Art. Don de l’artiste, 1995. © Philadelphia Museum of Art © Adagp, Paris 2018
Sheila Hicks

Exposera du 24 mai au 25 juillet 2018 à la galerie Sikkema Jenkins & Co à New York et jusqu’au 2 février 2019 au Domaine de Chaumont sur Loire

www.sheilahicks.com